A propos

Ma blues story…

 

  • Février 1988, Etat de l’Indiana. Lori, ma colocataire de la fac de Goshen College m’emmène à un concert dans un club de South Bend. Sur scène, pour mon premier concert de blues, une grande, une très grande dame: Koko Taylor, la reine du blues de Chicago. Une claque, une révélation.
  • Juin 1988, Chicago. Quatre mois plus tard, juste avant mon retour en France après deux années passées à étudier aux Etats-Unis, j’assiste à la cinquième édition du Chicago Blues Festival. Un choc, à nouveau. Je ne sais pourquoi cette musique me touche particulièrement. Elle me prend aux tripes. M’émeut à l’extrême.
    Le thème du festival, cette année-là, était: «Two kings and a queen», en l’occurrence Albert et BB pour les King, Koko Taylor, encore elle, pour la Queen.  Se sont également produits, sur scène —je n’ai réalisé que bien plus tard la portée de ces noms—, Honeyboy Edwards, Pinetop Perkins…
    J’ai toujours, au fond de mon armoire, le T-shirt opaline que j’ai acheté sur place. Avec, au dos, tous ces grands noms.
  • Juillet 2008, Cognac. Après avoir assisté à quelques concerts l’année précédente, je franchis le pas et m’inscris comme bénévole à Blues Passions. Je suis chargée d’accueillir Bobby Rush, un des grands noms du Chitlin’ Circuit — circuit de clubs, de bars et de jukejoints dans le Sud —, et les trois personnes qui l’accompagnent. Je passe la semaine à m’occuper d’eux. Et à en découvrir davantage sur cette musique. Sur ceux qui la joue, ceux qui la chante.
    Je discute avec Willie King, adorable monsieur, président d’honneur du festival, dont nous avons tous pleuré la disparition six mois plus tard, mais aussi Wanda Johnson, Bob Corritore, Pyeng Threadgill et tant d’autres…
    Des moments intenses de partage qui font de moi une inconditionnelle du festival. Le rendez-vous de juillet à Cognac est désormais incontournable. Une bouffée d’oxygène devenue indispensable, du soleil supplémentaire, en plein coeur de l’été.
    Les années suivantes, je suis en charge d’artistes dont j’admire le talent et j’apprécie la gentillesse: Tad Robinson, Darrell Nulisch, Lou Pride, BB King, Hugh Laurie, Tia…
  • Janvier 2011, Chicago. Après onze années d’absence, je pose à nouveau les pieds sur le sol américain, pour une courte visite. Je rencontre Otis Clay et son groupe chez Fitzgerald’s, un club de la banlieue nord. En plus de mes «blues brothers» et «blues sisters» du festival à Cognac, j’ai l’impression d’avoir des cousins, des oncles, des tantes. Ma blues family s’agrandit. Et ce n’est que le début.
  • Août 2011, Périgueux. Un autre festival rassemblant des passionnés: MNOP, pour Musiques Nouvelle-Orléans Périgueux, auquel j’assiste pour la seconde fois.
  • Septembre 2011, de Chicago à La Nouvelle-Orléans. Je suis de retour aux Etats-Unis, pour cinq semaines cette fois. Avec pour objectif de partir sur la «route du blues», de descendre vers les origines de la musique, dans le Sud. En empruntant le chemin inverse des noirs remontés dans le Nord lors de la Grande Migration au milieu du siècle dernier, fuyant chômage, pauvreté, racisme, ségrégation. Je parcours près de sept mille kilomètres, de Chicago à La Nouvelle-Orléans, en passant par Saint-Louis, Memphis et, bien sûr, le Mississippi. Ma blues family s’étend au-delà de mes espérances. Je me lie d’amitié avec de nombreuses personnes tout au long du parcours.
  • Novembre, 2011, Lucerne. Je retrouve, lors du Lucerne Blues Festival, en Suisse, Otis Clay, Deitra Farr que je viens de rencontrer à Chicago, et plusieurs musiciens qui sont passés sur scène à Cognac ou que je venais de croiser lors de mon périple.
  • Printemps 2012, La Nouvelle-Orléans. J’assiste à l’intégralité du Jazz & Heritage Festival —sept jours de concerts répartis sur deux week-ends, sur 12 scènes simultanément, à la démesure de l’Amérique—, ainsi qu’au «New Orleans Musicians for Obama», soirée de levée de fonds pour le candidat à la présidence, événement qui voit défiler tous les musiciens les plus prestigieux de la ville: Dr John, Allen Toussaint, Trombone Shorty, Kermit Ruffins, de nombreux représentants de la famille Neville, Walter Wolfman Washington, pour ne citer qu’eux…
  • Automne 2012, dans le Sud. Le voyage des retrouvailles, celles avec mes amis, ma deuxième famille. A Jackson, lors du Blue Monday, soirée organisée chaque lundi par la Central Mississippi Blues Society et où se produit King Edward, ravi de pouvoir échanger en français, lui qui est d’origine cajun, né en Louisiane. Et il y a de nouveaux concerts et festivals, de nouvelles photos, bien sûr, et de nouvelles rencontres, de nouvelles interviews.
  • Printemps 2013, Chicago et Saint-Louis. Grâce à mes contacts, je découvre le South Side de Chicago. Une banlieue dure, très dure, qui connaît des dizaines et des dizaines de meurtres chaque année — règlements de compte ou tirs au hasard —, malgré les petites lumières bleues qui clignotent en haut des lampadaires à chaque carrefour, indiquant la présence de caméras de la police.
    Eric ‘Guitar’ Davis, que je rencontre dans un de ces clubs du South Side lors de ce séjour, tombera sous les balles à la fin de l’année, une nuit, alors qu’il rentre d’un concert. Ce sera le choc dans la communauté. Etoile montante du blues, il venait de signer un contrat avec un grand label, allait enfin, après des années de travail, pouvoir vivre dignement de son art.
    Une de mes guides est HolleThee Maxwell, la chanteuse qui a remplacé sur scène Tina Turner auprès d’Ike lorsque le couple s’est séparé. Une nuit, en sortant d’un club, Holle nous guide à travers les rues du quartier. Nous montre la maison où elle est née. Et, derrière, le jardin où s’est déroulée la fête pour Ike après sa sortie de prison.
    Très peu de touristes s’aventurent dans ces rues. Surtout à deux heures ou trois heures du matin. Très peu poussent les portes de ces clubs dont certains n’ont même pas d’enseignes extérieures. Des clubs où l’on peut voir débarquer un homme tout de rouge vêtu, du costume au chapeau et aux chaussures, accompagné de sa garde rapprochée. Puis, une demi-heure plus tard, un autre, manteau de fourrure jusqu’aux chevilles, des bagues à tous les doigts, dont l’énorme limousine blanche attend dehors. «Les millionnaires du quartier», me dit-on.
  • Automne 2013, dans le Sud. Je retrouve à nouveau ma famille, qui s’élargit encore. Mes contacts, désormais, me permettent de découvrir des lieux cachés, des juke-joints perdus au fond des bois, qui n’ont pas d’existence officielle et dont les concerts, de fait, ne sont annoncés nulle part.
  • Avril 2014, Géorgie et Mississippi. Nouvelles aventures et nouvelles rencontres. Et retrouvailles: lors du Juke Joint Festival, à Clarksdale, je croise plus d’une cinquantaine de personnes que je connais, croisées là les années précédentes, ailleurs aux Etats-Unis, ou même à Cognac. Partage, plaisir.
    Plus mon monde de la musique s’agrandit, plus il devient petit.
  • Entretemps, un peu partout. J’assiste à des concerts dès que je le peux. A Angoulême et Cognac, bien sûr, mais aussi à Bordeaux, Besançon, Paris, Cholet…
  • Petit bilan… En six ans, depuis mon premier Cognac Blues Passions, j’ai parcouru des dizaines de milliers de kilomètres, pris autant de photos de concerts, mais aussi des portraits, des images des routes, chemins et autres lieux sur lesquels je me suis aventurée, parfois dans des endroits reculés.
    J’ai rencontré et discuté avec des centaines de musiciens, accumulé des dizaines d’heures d’interviews, que j’espère partager très bientôt.  Pour pouvoir donner à mon tour tout ce qu’ils m’ont offert.
Françoise Digel
Juin 2014

 

Blues, jazz, soul, funk, rhythm'n blues…